Salut à tout le monde !
On se retrouve pour un nouvel épisode de « Conversation avec la nature »
spécial pastoralisme en cette année des parcours pastoraux.
On se retrouve sur une réserve, celle des Chaumes du Verniller.
Allez, suivez-moi,
c’est parti !
Et donc on est avec Adrien.
- Salut Adrien. - Salut !
Donc tu es conservateur sur ce site des Chaumes du Verniller.
C’est quoi ton rôle exactement de conservateur ?
Alors sur une réserve naturelle, le conservateur, son rôle, c’est
de rédiger le plan de gestion et de s’assurer de sa bonne mise en œuvre.
C’est-à-dire que ça va de l’administratif jusqu’au technique
en passant par le scientifique.
Et donc je dois faire en sorte en fait que tout soit fait comme il faut
pour que le site soit bien protégé et qu’il soit géré de la manière optimale
par rapport à la préservation de la biodiversité de ses pelouses.
Et tu es aussi berger c’est ça ?
C’est assez inhabituel !
Oui en effet, le Conservatoire en général, quand il veut mettre en pâturage
un site, il va plutôt s’appuyer sur le monde agricole
en faisant appel aux éleveurs qui sont aux alentours du site pour
le mettre en place. Et là, ça n’a pas été possible.
Du coup,
le Conservatoire a directement acheté un troupeau pour le mettre sur le site.
Mais comment tu concilies ça avec ton rôle de conservateur ?
Tu n’es pas tout seul quand même pour gérer cet aspect-là ?
Alors en effet, tout seul ça aurait été un peu compliqué parce que
gérer un troupeau, c’est un travail à temps plein.
Il faudrait être là tous les jours pour vraiment s’occuper des bêtes comme il faut.
Et là, j’ai
la chance sur le Verniller d’avoir une grosse équipe de bénévoles.
Donc rien que sur le pâturage, j’ai une quinzaine de bénévoles
qui viennent régulièrement sur le site.
Donc ils viennent, ils se relayent les uns les autres pour venir quasiment
un jour sur deux, voire même plus d’un jour sur deux, pour venir vérifier
que le troupeau va bien, qu’il n’y ait pas une bête qui soit malade ou blessée,
qu’elles aient bien de l’eau, qu’elles soient bien à l’endroit où on a prévu.
Et également, ils m’aident sur des choses plus ponctuelles
et plus techniques pour déplacer le troupeau, mettre en place des filets...
Et ils t’aident un peu sur la gestion aussi ?
Alors j’ai d’autres bénévoles qui m’aident sur la gestion.
Donc, notamment, on a la chance à côté de la réserve
d’être à la Chapelle-Saint-Ursin,
où il y a l’association Propachape qui est extrêmement active,
et du coup elles viennent dans leurs activités.
Elles viennent notamment donner un coup de main sur la réserve,
donc à la fois sur le pâturage, sur le débroussaillage.
J’ai aussi des bénévoles qui font des animations botaniques sur la réserve.
Et donc voilà, il y a vraiment une grosse activité bénévole sur la réserve.
Super ! On peut aller voir les troupeaux ? Oui, bien sûr, par là.
Et donc là, on a une orchidée, c'est ça ?
Oui, ça c'est Ophrys bourdon.
Donc c'est une orchidée typique des sols calcaires
qui a besoin de particulièrement de lumière,
donc ça fait partie des espèces qui disparaîtraient en premier
si on laissait le site s’embroussailler.
Et donc ce troupeau, il appartient au Conservatoire.
Mais on est d’accord que sa mission principale, ce n’est pas la viande ?
Non, en effet,
le Conservatoire n’a pas du tout vocation à produire
de la viande pour l’alimentation.
Nous, l’objectif, c’est vraiment la préservation de la biodiversité.
Et donc
sur des sites comme celui-ci où les enjeux botaniques sont plutôt
sur les milieux ouverts, donc les milieux plutôt herbeux, pas trop ombragés.
Ça nous arrive souvent de mettre du pâturage.
Parce que, l’avantage du pâturage, c’est que
les animaux vont consommer les ligneux
et donc empêcher l’embroussaillement et l’ombrage et l’enrichissement du sol.
Et donc du coup ça va permettre de maintenir en fait cet état un peu herbacé
comme on voit là.
C’est-à-dire qu’on a de l’herbe, il y a quelques buissons par-ci par-là
qui ne sont pas très hauts.
Ça, ça nous va, on n’a pas besoin forcément que ce soit
un gazon, mais,
Le troupeau va empêcher en fait
les buissons de se développer trop et d’étouffer finalement
la partie pelouse qui ici est l’enjeu prioritaire en fait de préservation.
Et par rapport à des moyens mécaniques, est-ce que le pâturage permet de
faire des économies pour la gestion ?
Alors de manière générale, plutôt oui.
Quand on utilise des moyens mécaniques,
on va faire appel à des prestataires qui vont nous facturer
une intervention.
Selon les interventions, ça peut aller
relativement cher.
Et là
ça nous a coûté le troupeau,
du temps de salarié et du bénévole investi.
Donc, de ce point de vue, là, on fait des économies, même s’il existe
des prestations de pâturage, il y a de l’écopâturage, ça se fait.
Là, on est vraiment sur un troupeau qui est à nous et qu’on gère directement.
Donc ça nous coûte vraiment surtout du temps de travail et du bénévolat.
Il n’y a pas que des moutons ?
Je vois aussi, il y a des chèvres, non ?
Oui, on a deux boucs donc qui ont intégré le troupeau dans un deuxième temps.
L’intérêt en fait de mixer des moutons et des chèvres,
c’est que
même si ces deux espèces mangent globalement la même chose,
elles ont quand même des préférences un petit peu différentes
Et notamment, les chèvres ont tendance à plus facilement aller manger
des choses qui sont ligneuses, qui ont du bois, voire des épines.
Typiquement, avant de mettre les chèvres, j’avais
un problème avec les ronces qui n’étaient quasiment pas mangées par les moutons.
Et depuis qu’il y a les chèvres, elles, elles mangent les feuilles des ronces
et les moutons s’y sont mis eux aussi.
Depuis qu’ils ont vu les chèvres faire et du coup,
ils se sont dits « tiens, ce n’est peut-être pas si mal ».
Et elles ont commencé à taper dans les ronces depuis qu’il y a les chèvres.
Donc ça permet de mixer. Et vraiment,
ce mix moutons - chèvres, c’est ce qu’on fait souvent, dès qu’on peut.
Parce que c’est vraiment un bon équilibre par rapport
à ce qu’on veut, par rapport à la limitation de l’embroussaillement,
tout en limitant aussi les impacts sur le reste du milieu.
D’accord.
Et depuis quand ce troupeau est là sur les Chaumes du Verniller ?
Alors historiquement, il y a toujours eu en fait
du pâturage, notamment de moutons, jusqu’à la Première Guerre mondiale en fait.
Et ça s’est arrêté.
Et le site, c’est entièrement embroussaillé
depuis le début du XXᵉ siècle et donc le Conservatoire
a réintroduit finalement un troupeau sur ce site.
On a fait ça en 2019, donc les premières brebis
sont arrivées en 2019, on en a rajouté un petit peu par la suite.
Là, on arrive à 60 bêtes,
donc en comptant les deux boucs, ça nous fait 60 têtes dans le troupeau.
Et tu as vu une différence depuis que le troupeau est arrivé sur le site ?
Enfin, tu as parlé que
c’était embroussaillé avant donc c’est qu’il y a des changements.
Alors en fait oui, tout à fait,
sur ce site-là, on a eu l’avantage de pouvoir mixer en fait,
les deux approches,
on a fait à la fois du technique avec du broyeur et du pâturage.
Et le fait de mixer les deux, c’est vraiment l’idéal.
On a vraiment le meilleur des deux mondes.
Ça nous a permis à la fois de restaurer des zones
qui étaient très enbroussaillées avec le broyeur,
ce que les moutons n’auraient pas forcément pu faire intégralement.
Et de rajouter
le pâturage par-dessus sur les mêmes zones,
ça permet vraiment d’avoir des très très bons résultats.
Alors variable selon les secteurs, mais globalement, on a vraiment
des très très bons résultats.
Les secteurs ont été uniquement pâturés, on a vu vraiment une amélioration
en termes de disponibilité, de soleil, de réouverture.
Là, on a vraiment une flore qui peut s’exprimer beaucoup mieux
et sur les zones qu’on a broyées,
donc de la restauration lourde, on avait vraiment des gros buissons
par rapport à un site où on met du broyage sans pâturage.
On a aussi des très très bons résultats ici parce qu’on broie souvent
derrière les années suivantes.
En fait, on a de la repousse, on a de la friche,
on a des espèces qui s’installent et qui ne sont pas forcément celles qu’on veut.
Et il faut faire attention parce que ça repart là
en ayant le pâturage en parallèle.
Et en plus, et sur le long terme, ça nous a permis vraiment
d’avoir des résultats qui sont vraiment très, très satisfaisants
sur les zones restaurées. Ok.
Et est-ce que c’est le seul troupeau qui appartient au Conservatoire
ou il y en a d’autres en Région ?
Le Conservatoire, on travaille principalement avec des éleveurs,
mais les sites où on n’a pas pu mettre d’éleveur, on a à ma connaissance
trois avec celui-ci, c’est-à-dire qu’on a un petit troupeau de chevaux
dans l’Indre, un petit troupeau de moutons qui pâturent une
autre pelouse calcaire dans le Cher.
Et a priori, c’est tout pour la Région.
Donc c’est vraiment
le problème, c’est que c’est à la fois beaucoup plus facile de faire appel
à un éleveur qui lui a son troupeau,
le gère en permanence et peut nous le mettre sur des pas de temps
qu’on définit,
plutôt que d’avoir des troupeaux en régie qu’on doit gérer nous-mêmes.
Parce que ben il y a la problématique
de la surveillance du troupeau, on ne peut pas juste mettre
un troupeau sur le site et puis revenir une fois tous les deux mois
pour voir si tout va bien.
Donc il y a un besoin de suivi
vraiment quotidien.
Et donc c’est possible ici parce qu’on a un conservateur
qui est sur site en permanence avec une grosse équipe bénévole
et sur les autres sites également.
C’est un beaucoup plus petit troupeau, moins contraignant.
Mais on s'appuie également sur des équipes bénévoles pour les surveiller.
Donc aujourd’hui, Adrien, c’est un jour particulier, c’est le jour de la tonte.
Est-ce que tu peux nous expliquer comment ça se passe ?
Alors la tonte des moutons, c’est quelque chose qu’on fait tous les ans
et pour cela, on fait appel
à des tondeurs professionnels qui viennent
spécialement pour tondre la totalité du troupeau en un seul jour.
Donc il faut qu’on rassemble le troupeau, qu’on les amène dans un parc,
un parc spécifique dans lequel on va mettre les tondeurs aussi.
Donc on attrape les brebis une par une, on les passe
au tondeur qui leur enlève la totalité de la laine avec une tondeuse électrique.
Ensuite, on se retrouve avec un troupeau entièrement tondu.
Et tu disais, c’est tous les ans, c’est à la même période ?
Il y a une brebis qui parle là...
On fait ça une fois par an, on fait ça toujours mi-mai à peu près.
En fait, il ne faut pas être trop tôt parce que
si c’est trop tôt et qu’il
fait trop froid, et on ne peut pas les laisser en hiver sans leur laine.
D’autant plus qu’elles restent en extérieur toute l’année,
donc il faut quand même qu’elles aient leur laine
pour supporter le froid de l’hiver et du début du printemps.
Par contre, il ne faut pas qu’on laisse la laine trop longtemps après
parce qu’après, on a des attaques de myiases, donc c’est
une petite mouche qui pose des gros problèmes de santé
qui peuvent aller jusqu’à tuer les bêtes.
Donc ces mouches commencent à attaquer généralement à partir de début juin,
donc on essaie de trouver le compromis suffisamment tard
pour qu’elles n’aient pas trop froid l’hiver et suffisamment tôt
pour qu’elles ne se fassent pas attaquer par les myiases.
Et donc ensuite, après, la laine repousse pendant tout l’été
et elles ont de nouveau la laine pour passer l’hiver suivant.
Et cette laine, on en fait quoi ?
Il y a des débouchés ou si c’est difficile de trouver des filières, peut-être ?
Alors il y a très peu de débouchés parce qu’en fait, ça vaut
très peu cher la laine.
Et donc
c’est un gros problème pour tous les éleveurs aussi.
Nous, ce qu’on fait, c’est qu’on a trouvé une association dans le sud du Berry.
Donc ce sont « les laineuses des bouchures » qui récupèrent la laine
pour faire du petit artisanat.
Elles font notamment des chaussons.
Et donc tous les ans, elles viennent à la tonte pour récupérer,
trier la laine, récupérer ce qui est récupérable.
Bon après il y a toujours un petit peu de déchets,
mais du coup ça permet de valoriser un petit peu et d'éviter de tout jeter
à perte.
Et pour finir,
Adrien, est-ce qu’elles t’ont déjà fait des frayeurs ces brebis ?
Est-ce que t’as une petite anecdote à nous raconter ?
Plusieurs ! Il y en a toujours et tous les ans, elles en trouvent une nouvelle.
La plus
embêtante, c’est quand même qu’on vient vérifier le troupeau.
Il y a le bénévole qui m’appelle en disant le troupeau n’est
plus dans le parc, il n’y a plus de troupeau, il a disparu.
Et donc du coup, on appelle les autres bénévoles.
Je viens aussi, on cherche et puis en fait, en bordure
de la réserve naturelle, il y a un parc photovoltaïque et l’herbe
sous les panneaux photovoltaïques est particulièrement verte.
Et en plus, il y a des sangliers
dans ce parc photovoltaïque qui font des trous dans la clôture.
Donc du coup, les brebis, dès qu’elles trouvent un trou de sanglier,
elles passent la clôture, elles
vont sous les panneaux photovoltaïques et alors là, pour les ramener,
c’est toujours très très sport.
On y a passé des journées entières, des fois à les ramener parce que voilà
le parc est censé être clos et elles sont rentrées par un petit trou.
On ne les fait pas ressortir par un petit trou. Ah là là,
mais on a toujours réussi à les récupérer.
Elles sont toutes là.
On essaie de combler les trous autant que possible,
mais on surveille ça de très près.
Parce que oui, plusieurs fois elles nous ont fait le coup.
Ah ouais bon, mais il faut les compter. Ha !
Un grand merci Adrien de ton accueil ici sur les Chaumes du Verniller.
Donc on comprend bien l’outil pastoralisme pour gérer les pelouses comme ici.
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sur le site www.cen-centrevaldeloire.org et je vous dis à la prochaine !