Salut tout le monde !
Bienvenue dans ce nouvel épisode de « Conversation avec la nature ».
Après avoir découvert l’opération « Pasto’Loire » avec Stéphane,
on retourne sur le terrain
à la rencontre des éleveurs dans le Loiret qui pâturent sur les bords de Loire.
Aujourd’hui, on retrouve Cédric et Isabelle et leur troupeau.
On y va.
- Salut Cédric.
- Salut !
Tu nous accueilles sur le site de Bonny-sur-Loire.
Ça fait combien de temps que tu es installé là ?
Ça fait une quinzaine d’années que je suis présent sur le site.
Tout d’abord en tant que salarié, puis après en tant qu’installé.
J’ai grandi dans un système bovin lait et céréales assez conventionnel.
J’ai eu cette fibre de revenir au monde agricole, mais sur une version un peu plus
résiliente et en lien avec la biodiversité,
et donc assez naturellement par des mises en relation,
j’ai rencontré un berger qui m’a formé sur ce site.
J’ai fait mes classes ici et, ensuite, je me suis installé à mon compte fin 2014.
J’ai commencé seul.
Je me suis installé ensuite avec mon ex-compagne
et, après la séparation, j’ai dû embaucher pour la remplacer sur l’exploitation.
Et on a aussi embauché un salarié supplémentaire
qui arrivait sur l’exploitation par l’apprentissage,
qui s’est plu dans le métier et qui a fait le choix de continuer avec nous.
Pour faire face aussi à des aléas, on s’est mis à travailler avec d’autres
partenaires externes, notamment sur du photovoltaïque, et c’est
ce qui nous a permis d’embaucher ce salarié supplémentaire sur l’exploitation.
De mon point de vue, on ne peut pas survivre seul à travers ce métier.
On doit s’entourer, au premier chef, la famille.
Parce que, quand on est avec des animaux, il peut y avoir des astreintes.
Et quand on s’en va, il faut bien que quelqu’un s’occupe des enfants.
Et puis, au sein d’un territoire, on a différentes problématiques :
la crue, la sécheresse, on va avoir des animaux,
des chiens divagants, on va avoir un peu de prédation çà et là.
On a des moments de fuite du cheptel et, donc, si on n’est pas en lien
avec les acteurs locaux, ça peut créer des frictions.
Et à travers le temps, on a appris à communiquer et, aujourd’hui,
on est implantés sur le territoire et tout le monde mesure nos enjeux
assez facilement.
Et tu as commencé directement à travailler avec le Conservatoire ou bien c’est venu
progressivement ?
Dès le départ, le berger avec lequel je travaillais
était déjà partenaire du programme « Pasto’Loire »,
donc il m’a formé aux techniques, il m’a mis en lien
avec le Conservatoire et ça s’est fait tout ça très naturellement.
Tu as combien d’animaux sur ce site ?
Alors sur ce site,
partie Conservatoire, il y a 65 hectares d’un seul tenant,
attenants à la Loire, et là, on a 314 brebis
avec leurs agneaux. Agneaux qui ont environ un mois et demi.
Et quelle race as-tu choisie ?
Donc, on est sur de la Solognote.
J’ai appris le métier de berger, on en parlait, sur cette race
et j’ai fait le choix de rajouter de la Suffolk sur le lot
parce que les agneaux n’étaient pas assez conformés, ça permettait d’avoir
une meilleure valorisation des ventes.
Néanmoins, je souhaite rester sur la race Solognote
parce que c’est une race que j’apprécie beaucoup, qui est très résiliente
par rapport à l’écosystème dans lequel on évolue.
Et après, à travers le temps, j’ai eu l’occasion de croiser
avec différents béliers.
C’est pour ça que je n’ai pas deux brebis qui se ressemblent.
Et c’est aussi quelque chose que j’apprécie
parce que quand on surveille le troupeau, c’est
bien de pouvoir facilement différencier ses bêtes.
L’idée d’avoir aussi,
on va dire des sangs mixés permet d’avoir des résistances différentes.
On va avoir des souches qui vont mieux résister à la sécheresse, d’autres
plutôt aux phases humides en sortie d’hiver.
Donc tu dis, ce sont des animaux qui résistent bien ?
Comment tu gères quand même dans ces températures extrêmes ?
Eh bien, comme on peut le voir ici,
on gère en mettant les bêtes à l’ombre principalement.
On a la chance en bord de Loire d’avoir des forêts
et d’être proche de l’eau, ce qui nous permet d’avoir et de l’abri et
un abreuvement aisé.
Donc voilà, la première des solutions,
et après la deuxième mise en place, c’est mettre très peu d’animaux à l’hectare
pour qu’ils aient un maximum de ressources et qu’ils ne soient pas obligés
de manger le peu qu’il y ait.
Et donc on va parler un peu biodiversité puisqu’on est sur un site préservé.
Quelles sont les caractéristiques justement de ce site ?
Sur une prairie conventionnelle, on va partir sur cinq six
variétés différentes.
Ici, sur le site, on a répertorié à peu près 80 plantes différentes.
Donc, voilà une différence assez fondamentale
et ça va avoir un impact sur notre conduite de cheptel
parce qu’on a des plantes qui vont nous aider à contenir le parasitisme.
Donc on va avoir moins besoin de produits antiparasitaires,
donc moins de molécules à répandre dans la nature.
Ça, c’est un avantage non négligeable.
Qui dit aussi moins de traitements, moins de manipulation
des animaux, donc on les laisse plus sereines et tranquilles
Et donc voilà, les brebis, elles apprennent, elles sont dans
un milieu naturel et elles peuvent développer
leurs comportements naturels, éthologiques.
On a par rapport à ce
milieu des petites anecdotes,
notamment là, en phase estivale, on va abreuver et on a les chevreuils
qui rejoignent les brebis pour pouvoir venir boire aux abreuvoirs.
Aussi, les chevreuils n’ayant pas de pierres à sel à l’échelle naturelle,
profitent des pierres à sel qu’on peut mettre aux animaux
pour leurs bienfaits sanitaires.
Donc finalement, avoir des brebis sur ce site, c’est
favoriser un peu toute la biodiversité qu’il y a autour.
Complètement.
On a eu la chance d’accueillir une étude de l’INRAE,
un programme DISPERSAL sur l’exploitation via le Conservatoire.
On a eu des études qui ont été faites à la suite du cheptel
sur les insectes coprophages et a priori, on explose tous les plafonds
en termes de variétés et en termes de nombre par variétés.
Donc manifestement oui, et on a beaucoup d’oiseaux,
on peut l’entendre, on est dans un écosystème de ripisylve,
donc ça favorise aussi les oiseaux.
Et voilà, il y a une dynamique qui se fait sur le foncier assez naturel.
Donc c’est vraiment un système gagnant-gagnant entre le Conservatoire,
les gestionnaires d’espaces naturels et puis vous les éleveurs.
Complètement, tout le monde y trouve son compte.
Et moi en plus, ce que j’apprécie, c’est de me retrouver à mener des pratiques
qui finalement sont quelque part ancestrales.
On est sur un milieu naturel avec un troupeau
qui développe son comportement naturel.
On n’essaie pas de tout mettre sous cloche et de maîtriser chacune des variables.
L’idée, c’est d’avoir un système qui fonctionne au global.
Et si possible avec le sens naturel des choses,
et pas essayer de tordre le bras à la nature.
Et ton quotidien, on peut en parler ?
Est-ce que chaque jour, c’est la même chose ou est-ce que justement,
c’est un peu différent au jour le jour ?
Alors la routine, ce qu’il faut faire chaque jour face à des aléas nouveaux.
Donc non, on n’a pas deux journées identiques
pour faire des grands schémas en phase hivernale, on a que la plage horaire
avec la lumière pour travailler.
Donc globalement 8 h et demie 17 h 30 pour pousser un peu le trait
et l’été ça va s’étendre de 5 h moins le quart jusqu’à 23 h
quasiment donc, intrinsèquement, on ne peut pas avoir les mêmes journées.
Et avec le changement climatique, autrefois,
il était difficile de passer l’hiver et aisé pour l’été.
Et là, on arrive sur un spectre complètement différent.
En hiver, on arrive à avoir de la pousse, de l’herbe,
au moins du maintien des prairies alors que l’été
tout est complètement sec.
Tu parlais de la viande tout à l’heure.
C’est la principale ou l’unique filière finalement ?
Ou il y en a d’autres ?
Oui, alors aujourd’hui, c’est l’unique filière agricole pertinente
et en plus, on a la chance d’avoir
une bulle temporelle où la viande se vend plutôt bien.
Mais historiquement, on
avait la filière laine qui aujourd’hui ne vaut rien, n’est plus valorisée.
Ce qui est un peu dramatique.
Et comme je le disais, j’ai des partenaires photovoltaïques
qui m’ont permis l’embauche d’un salarié supplémentaire.
Mais on a de la chance, je reviens sur la viande...
On a de la chance d’avoir une filière aujourd’hui qui se tient plutôt bien
et on importe 50 % de la viande ovine qu’on consomme en France.
Donc on a un marché à reconquérir quasiment complètement.
Donc il y a de l’espace
pour se redévelopper et développer d’autres exploitations potentiellement.
Donc ça veut dire que les citoyens doivent aller acheter
les produits issus de ces élevages-là pour les soutenir.
Il y a différents débouchés.
Il y a du commerce en local, en caissette qui peut être fait,
il y a de la vente en coopérative.
Ce que je pratique aujourd’hui à la fois au sevrage et à la fois en agneaux finis.
Et aussi avec les collègues de « Pasto’Loire »,
l’intérêt d’être collectif, c’est qu’on peut envisager des débouchés
divers et des pratiques diverses.
Là, notamment avec les collègues,
on discute sur comment faire des terrines, des tajines et faire des conserves.
Et ça, on peut le faire grâce au collectif de « Pasto’Loire ».
Comment tu vois dans les années à venir l’évolution de ton métier
ou plus globalement du pâturage, du pastoralisme ?
Comme je le disais précédemment, c’est un métier qui est ancestral.
Ça fait 10 000 ans
que le pastoralisme existe et malgré l’évolution climatique, je pense que c’est
une vision, une mise en place des pratiques
qui est résiliente et durable et on évoluera avec le temps.
Je ne suis pas trop inquiet pour cette pratique-là.
Néanmoins, je pense qu’elle peut évoluer à travers le temps
parce que si on arrive sur des étés beaucoup plus secs, il faudra qu’on
se tourne sur un pastoralisme qui ressemble beaucoup plus
peut-être au Maghreb un jour...
À voir comment les crues évoluent aussi.
Si on a des épisodes plus conséquents, ça fera sans doute évoluer les pratiques.
Mais globalement, sur la pratique en tant que tel,
je ne suis pas trop inquiet.
Maintenant, ça va être comment c’est accueilli par les institutions,
comment c’est accueilli par le public...
Ça veut dire aussi faire prendre conscience aux citoyens des enjeux.
Nous, par l’entretien de ces sites par le pâturage,
on économise énormément de carburant et on maintient les milieux ouverts.
On permet l’explosion d’une biodiversité en milieu, comment dire, sous espaces
de mosaïque : des lieux boisés, des lieux ouverts, des prairies mésophiles...
Enfin voilà, il y a tout un tas de biotopes différents.
On va entretenir la biodiversité comme ça.
Donc on est totalement dans l’air du temps,
donc il va falloir qu’on soit accompagné.
Comme je le disais, on ne peut pas travailler tout seul.
Et globalement, le public, enfin les gens
à l’extérieur, le perçoivent de manière plutôt positive.
Ton travail, même à ton installation, est-ce qu’il y a eu des évolutions,
des mentalités ou est-ce que les gens ont peut-être mieux compris ?
C’est à peu près globalement bien accepté, à peu près.
Néanmoins, au départ, on a pu être regardés comme des babacool,
comme des gens un peu bohèmes sur nos bords de Loire.
Au bout de quinze ans, j’ai vu pas mal de collègues
s’installer en modèle conventionnel s’effondrer.
Nous, on est toujours là et je déploie du salariat sur mon exploitation,
ce qui signifie qu’il
y a quand même une certaine résilience, même si en apparence, ça peut paraître
léger, bohème ou autre.
Tu as eu des situations cocasses justement au cours de ta carrière ?
C’est assez régulier.
Comme je disais, on a beaucoup, beaucoup de variables à gérer
les aléas climatiques, les aléas touristiques disons.
Et assez régulièrement, les brebis se carapatent en dehors de leur parc.
Donc, de manière récurrente, on peut être appelé par les mairies,
par la gendarmerie pour qu’on revienne
remettre les brebis dans leur parc.
Et donc assez naturellement, à travers le temps,
les gendarmes ont pris l’habitude de nous appeler nous aussi.
Dès qu’une brebis se carapate, peu importe où dans la campagne, ils nous appellent.
Parce que d’une, on connaît quand même beaucoup de monde et on sait orienter,
et aussi parce qu’on répond toujours présent pour les accompagner puisque de
leur côté,
ils sont toujours bienveillants envers nous
et nous accompagnent aussi sur ces problématiques-là.
Merci Cédric de nous avoir accueillis ici sur Bonny-sur-Loire.
On va passer de l’autre côté, on va aller vers l’ouest,
on va retrouver Isabelle à Beaugency.
À tout de suite !
Donc on se retrouve sur l’Espace naturel
sensible des Rives de Beaugency avec Isabelle. - Salut Isabelle.
- Salut Isabelle. - Bonjour.
Merci de nous accueillir ici.
Tu es éleveuse et tu es une ancienne du Conservatoire
puisque tu étais responsable communication avant.
Qu’est-ce qui t’a amenée en fait à devenir éleveuse ?
Effectivement, je suis arrivée au Conservatoire en 2000
et en fait, c’était peu après les premières expériences de pâturage
en lien avec le Conservatoire sur des espaces naturels ligériens et déjà
quand je suis arrivée,
il était question de faire de la communication sur des transhumances
et ça m’a assez rapidement fascinée.
Je trouve que, que ce soit quand on se préoccupe d’environnement
ou d’agriculture, on a un rapport à la terre qui est vraiment fondamental.
Et j’ai un petit peu pas bifurqué, mais glissé tout doucement
du domaine de l’environnement vers l’agriculture.
Parce que pour moi, finalement, ils sont étroitement liés.
Et donc, après 23 ans de Conservatoire
où j’ai occupé un poste qui était vraiment passionnant,
le Covid a été un peu l’occasion de faire un peu un bilan.
Et là, l’agriculture est revenue un petit peu en force et finalement,
je ne savais pas trop comment m’y prendre parce que je ne voulais pas déménager.
Je ne connaissais pas d’agriculteur du tout.
Je ne suis pas du tout d’une famille d’agriculteurs
et il se trouve qu’incidemment, enfin vraiment pur hasard,
j’ai rencontré un agriculteur
qui exploitait les champs dans lesquels je promenais mon chien tous les jours.
Eux cherchaient un éleveur pour
mettre sur leur parcelle
agricole et moi, j’avais envie de partir dans l’élevage donc voilà, ça s’est fait comme ça.
Et le travail avec le Conservatoire, ça a été un peu une évidence, j’imagine,
en tant qu’ancienne salariée ?
Alors ce qui est assez rigolo,
c’est que quand je suis devenue éleveuse, donc début janvier 2024,
il n’était pas prévu que je vienne pâturer sur l’Espace naturel de Beaugency.
Au départ, le projet était exclusivement concentré
sur les parcelles agricoles de mes collègues céréaliers.
Et puis finalement,
la personne qui faisait pâturer ses animaux ici avant moi,
elle a arrêté son activité.
Et là, le Conservatoire, assez naturellement, m’a demandé
si j’étais intéressée pour venir prendre le relais et amener mes animaux
sur le site de Beaugency.
Alors j’avoue que c’était presque une aubaine
parce que c’est un site que j’adore et c’était
presque la petite touche complémentaire pour parfaire le sujet.
Et du coup, pourquoi spécifiquement sur les Rives de Beaugency ?
Alors, ici, sur les Rives de Beaugency,
on a un peu la même problématique que sur pas mal de secteurs de bords
de Loire, on a le problème de la fermeture des milieux.
De façon générale, la Loire, elle se ferme
naturellement, sans intervention c’est du prunellier, de l’aubépine,
des ronces qui poussent et si on fait rien, ça peut aller très très vite d’ailleurs,
tout ça, ça laisse place ensuite à des arbres.
Le peuplier s’installe très vite.
Parce qu’en plus il y a de moins en moins de petites crues
régulières qui rajeunissent les milieux
et donc il y avait du pâturage jusque dans les années 50
et les milieux restaient naturellement ouverts.
Et aujourd’hui, si on n’intervient pas, ça se ferme donc.
On voit bien que l’évolution,
ça va très vite, que les arbres, les buissons se développent très vite.
En plus, dans le contexte de réchauffement climatique et d’évolution de déconnexion
de la Loire de ces milieux
adjacents, est-ce que tout ça ne va pas aller encore plus vite ?
Et peut-être que les moutons auront du mal à venir à bout de tout ça.
C’est pour ça qu’ici, j’ai la chance d’avoir
un complément pour aider le pâturage, pour aider le travail des moutons.
On a des interventions de
la direction départementale des territoires qui vient faire
une intervention mécanique à l’automne et qui finalement broie les refus.
Justement ce que les moutons n’arrivent pas à manger.
Alors justement, si on parle de ton troupeau,
tu as une race de brebis qui est un peu différente
des autres éleveurs je crois, c’est les Noires du Velay, c’est ça ?
Exactement, oui oui.
Pourquoi tu as choisi cette race ?
Alors je voulais une race rustique puisqu’on est en plein air intégral.
Naturellement,
la race locale rustique, c’est la Solognote.
Mais j’avais envie d’une autre race,
et puis le mouton noir, ça m’a plu, ça m’a attiré.
La Noire du Velay, en plus, c’est une race très maternelle,
donc la mise-bas et en extérieur ça se passe très bien.
Et puis c’est aussi une race qui désaisonne
facilement, c’est-à-dire
qu’elle va pouvoir se reproduire un peu n’importe quand dans l’année.
La période normale de reproduction, c’est plutôt la lutte,
en septembre, octobre, novembre et la mise-bas en février, mars, avril.
Là, elles, elles peuvent
être à la lutte en mai et mettre bas en octobre par exemple.
Et c’est ce que je fais d’ailleurs avec une partie de mon troupeau.
Et tu disais que les brebis sont ici, sur les Rives de Beaugency, notamment
au printemps-été, donc pas toute l’année.
Et le reste de l’année, où est-ce qu’elles sont ?
En fait, mon troupeau c’est 250 animaux et j’ai plusieurs lots.
En gros, j’ai deux lots de femelles
et un lot de mâles puisqu’on ne peut pas laisser les mâles
tout le temps avec les femelles, sinon, c’est le bazar.
Donc j’ai un lot de femelles qui est ici
sur Beaugency donc début avril ça dépend
de la vitesse de repousse de la végétation au printemps et jusqu’à mi-août,
fin septembre, ça dépend aussi la météo
Donc un lot ici,
et le deuxième lot est à Tavers sur des parcelles agricoles,
donc sur des parcelles de mes collègues céréaliers.
Parce que mon installation en fait elle repose et
je pense que ça en fait aussi la force et un peu la résilience...
Elle repose sur le fait que j’ai à la fois donc accès à des surfaces naturelles
avec le Conservatoire, et puis également donc accès
à une soixantaine d’hectares avec mes collègues céréaliers.
Et donc ce partenariat, il est riche à plusieurs titres parce que
donc il y a de l’échange, il y a du travail sur les parcelles et
du partenariat autour du parcellaire et des surfaces et sur l’agronomie des sols.
Et également, on travaille aussi en entraide.
C’est un peu comme
avec le Conservatoire, il y a des échanges un peu permanents
et c’est très riche.
Et quels sont les atouts d’un pâturage en espaces naturels ?
Alors il y a vraiment un nombre d’atouts vraiment importants,
comparé par exemple à des prairies un petit peu mono spécifiques.
Ici, sur le site de Beaugency, les brebis ont accès à des arbres,
elles adorent les feuilles d’arbres.
Le frêne, le saule, à peu près tout, le prunellier elles adorent aussi.
Elles ont accès aussi à toute une diversité au sol d’herbe,
il y a plein de graminées différentes.
Il y a de la luzerne, il y a vraiment du choix...
Il y a du choix au menu et ça leur plaît.
Et puis un des gros atouts également, c’est qu’en été
comme en ce moment, il fait très chaud, elles ont de l’ombre à peu près partout
sur le site.
Et d’ailleurs, cette ombre, elle permet aussi à ce qu’il
y ait de l’herbe qui pousse là où ailleurs.
quand il n’y a pas d’ombre, ça ne pousse plus.
Et puis elles ont aussi sur une partie du site accès à l’eau.
Donc il y a des endroits où je ne suis pas obligée de remplir un abreuvoir.
Elles se débrouillent.
Voilà, ce sont un peu les vacances ici, pour elles et pour moi...
Pas tout à fait, mais quand je viens les voir ici
et que je profite du site, du cadre du site,
ça rend les choses très très agréables.
Et justement, t’as parlé de la température, du climat.
Forcément, en étant en bord de Loire,
le site, il est soumis aussi aux crues...
Ça doit être, c’est quelque part, c’est ton quotidien.
Un petit peu de travail avec les aléas climatiques, avec cette incertitude
parfois.
Comment tu arrives à gérer ce côté-là ?
Oui, c’est vrai que c’est peut-être un peu l’aspect difficile du métier je trouve.
C’est que finalement l’enjeu, c’est de nourrir ses animaux
tout le temps en plein air.
Donc sans les complémenter,
idéalement.
Et aussi en fonction de leurs besoins alimentaires.
C’est-à-dire que quand elles sont gestantes
ou qu’elles allaitent, elles ont des gros besoins.
Donc il faut que ce qu’on apporte réponde aux besoins, en tout cas
au mieux.
Par exemple, en février dernier, il y a eu une crue assez importante
de la Loire et les brebis étaient plutôt sur des parcelles agricoles côté Tavers.
Et en fait l’eau s’est arrêtée à moins de 80 cm de l’endroit où elles étaient.
On avait commencé à
préparer le plan B parce qu’il faut être prêt à changer
d’endroit rapidement si d’aventure ça continue à monter.
Et c’est un peu le suspens tous les jours.
J’ai jamais autant regardé la météo que depuis que je suis éleveuse.
Je regarde quatre fois par jour minimum et c’est vrai que
ce qui m’inquiète un peu d’ailleurs, c’est
de voir les épisodes de canicule qui se succèdent,
cette recherche permanente de nourriture, savoir où on sera le lendemain,
c’est un peu un souci permanent.
Et j’aime bien ici quand je suis ici à Beaugency, j’aime bien ça
parce que justement, je sais que j’ai à manger quand même.
J’ai de quoi voir venir un petit peu devant moi,
avec l’ombre, avec les différents milieux, les zones un peu plus humides.
Globalement, il y a de la nourriture qui pousse.
Aujourd’hui, la filière principale pour tes brebis, c’est la vente de viande,
mais il y en a d’autres ?
C’est essentiellement la vente de viande, mais également depuis peu,
là, j’ai une piste pour vendre ma laine,
à un organisme dans une entreprise du Massif central
qui fait à la fois des isolants, du feutre et du fil.
Donc voilà, j'ai assez hâte de voir ce que ça peut donner.
Et sur le volet viande,
en fait,
il est important pour moi de faire de la commercialisation
en circuits courts parce que je trouve que ça fait partie
des enjeux de pouvoir offrir aux habitants du coin
une viande locale pour ceux qui mangent de l'agneau.
Donc il y a une partie en circuits courts, à peu près un tiers,
c’est en développement et puis le reste...
Les deux tiers qui restent, je les vends à une coopérative.
Oui, parce que finalement ton travail ici, c’est sur la biodiversité,
c’est de la vente de viande, mais c’est aussi un travail très local,
ancré dans le territoire.
Donc, en fait, c’est un peu l’économie,
l’économie autour de l’élevage.
Oui, tout à fait.
C’est vrai qu’il y a pas mal d’enjeux.
Et il y a cet enjeu de sensibilisation de reparler de l’agriculture
et aussi de l’agriculture et de l’environnement.
Parce que pour moi, ça, c’est vraiment les deux faces d’une même pièce.
On ne peut pas traiter l’un sans l’autre.
Aujourd’hui, c’est vraiment un message que j’ai envie de porter et
l’agriculture ne peut pas se passer d’environnement
et d’environnement, a besoin aussi d’agriculture.
Pour finir, Isabelle, est-ce que tu aurais une petite anecdote ou plusieurs
à nous raconter sur ton travail, ton quotidien depuis que tu es éleveuse ?
Une fois, on était à Beaugency et les filles,
enfin les brebis étaient dans un parc un peu plus loin sur le vraiment
sur les bords de Loire avec carrément une plage qui descend dans la Loire.
Et là, je ne sais plus, j’arrive pour les voir...
Et je sais plus ce qui s’est passé...
Il y en a une
qui d’un seul coup se lève...
Elles étaient toutes couchées vraiment en tas au bord de la Loire...
Il y en a une qui se lève, qui saute dans la Loire !
Et plouf !
Et d’un seul coup elle...
Les autres ont eu peur, donc en moins de je ne sais pas, ça
m’a semblé tellement rapide...
Elles ont toutes déserté, c’est-à-dire que tout le monde est parti
sauf celle qui était dans l’eau,
qui se demandaient manifestement ce qu’elle foutait là.
Qui c’est qui s’est retournée puis qui est revenue à
à la rive assez facilement
parce qu’elle n’avait pas sauté bien loin. Mais vraiment, c’était très curieux ça.
Je ne sais pas ce qui lui a pris.
Elle a sauté dans la Loire et puis elle est ressortie.
Les autres n’ont pas suivi.
Non, au contraire, au contraire, c’était « Olala, allez, on se casse vite ! »
Un grand merci Isabelle pour ton accueil ici sur les bords de Loire.
Merci à vous.
L’aventure ne s’arrête pas là puisque dans le prochain épisode,
on retrouve Olivier et Alexandra,
deux autres éleveurs « Pasto’Loire » aux parcours tout aussi inspirants.
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