Bonjour à toutes et tous et bienvenue dans Conversation
avec la nature, le podcast du Conservatoire
d’espaces naturels Centre-Val de Loire.
Je suis ravie de vous retrouver
pour cette nouvelle saison de découverte et de nature. Avec moi
toujours derrière les caméras, Anaïs. On vous emmène cette fois-ci
sur le terrain à la découverte de l’élevage au Conservatoire.
Allez, c’est parti !
Et on commence tout de suite avec Florence, salariée au Conservatoire,
qui nous accueille sur ce magnifique
site du Bec d'Allier, un site emblématique préservé par le Conservatoire.
- Bonjour Florence.
- Bonjour Isabelle.
Florence, merci de nous accueillir
ici à la confluence de la Loire et de l'Allier.
On ira rencontrer avec toi deux éleveurs qui pâturent sur des sites Natura 2000.
Mais c'est quoi un Natura 2000 en fait ?
Alors Natura 2000, c'est un grand programme européen à la base
qui vise à préserver le patrimoine naturel.
Donc une liste d'habitats et d'espèces d'intérêt communautaire
qui sont considérés comme faisant partie de notre patrimoine naturel
à toutes et tous, en tant qu’européenne et européen.
Et donc, quand tu as ces habitats et ces espèces qui sont présents
sur un secteur, les Etats membres de l’Union européenne
ont pu désigner des sites Natura 2000 avec pour objectif en fait
d’atteindre ou de maintenir le bon état de conservation
de ces habitats et de ces espèces d’intérêt communautaire.
Donc ça implique pour un éleveur des pratiques particulières sur ces sites.
Tout à fait.
En fait,
si tu prends les sites Natura 2000 Loire Allier sur lesquels on se trouve,
les éleveurs sont les deuxièmes gestionnaires
en surface de ces sites Natura 2000.
Donc ils ont un rôle qui est très important.
On estime par exemple qu’on est à peu près à 5 000 hectares de surfaces
qui sont potentiellement éligibles aux mesures agroenvironnementales.
C’est des surfaces de prairies ou de pelouses,
elles sont pas toutes avec des éleveurs ou des éleveuses,
mais ça te donne quand même une idée de ce que représentent
les milieux ouverts à l’échelle des sites Natura 2000
et de l’importance en fait de l’activité d’élevage sur ce secteur-là.
Quelles sont les spécificités des sites Natura 2000 exactement ?
Alors là, sur ce secteur, les sites Natura 2000 sur la Loire
et l’Allier, tu es sur un espace qui fait plus de 15 000 hectares,
donc qui est très longiligne, qui est à l’intersection
entre la Région Centre et la Région Bourgogne-Franche-Comté.
Et ce qui fait la spécificité de ces sites Natura 2000.
Si tu regardes autour de toi, c’est qu’en fait
il y a vraiment tous les milieux naturels qui vont constituer
les grands écosystèmes alluviaux.
Donc t’as les eaux courantes, des bancs de sable qu’on voit au milieu,
au milieu du lit puisqu’on est en période où ils sont visibles.
En période de basses eaux, tu as les forêts alluviales
et entre les deux, tu as toutes sortes de milieux naturels.
Donc tu vas avoir des annexes hydrauliques
et tu vas avoir des milieux naturels qui sont vraiment inféodés à l'élevage,
c'est à dire des pelouses, des prairies, des haies, des arbres isolés.
Donc on dit naturels, mais ils sont plutôt semi naturels
puisque leur existence est vraiment liée à ces pratiques agricoles
qui permettent de les maintenir et en les maintenant,
elles vont permettre de maintenir des espèces, notamment d'intérêt
communautaire, qui viennent y faire leur cycle,
leur cycle de vie, donc en totalité ou en partie.
Et après, ça, c’est vraiment quelque chose
qu’on retrouve à l’échelle des sites Natura 2000, c’est que cette diversité
de milieux qui forme comme une sorte de mosaïque,
elle va abriter tout un cortège d’espèces qui sont caractéristiques.
Et donc parmi ces espèces, tu as des espèces d’intérêt communautaire,
et parmi ces milieux, tu as les milieux naturels d’intérêt communautaire.
Et donc, si on revient par exemple par rapport à l’élevage,
tu as un habitat d’intérêt communautaire qui s’appelle les prairies de fauche,
qui est vraiment lié à l’activité d’élevage.
Et cet habitat d’intérêt communautaire, on va le retrouver quand on a
une diversité d’espèces végétales, donc un certain nombre d’espèces végétales
qui traduisent en fait une gestion agricole qui permet leur développement,
donc qui est extensive.
Ton rôle, toi, dans tout ça, ça consiste en quoi ?
Alors moi, je suis animatrice des sites Natura 2000.
Donc Natura 2000, il faut savoir que la France a fait le choix
pour ce programme, pour sa mise en œuvre à l’échelle du territoire,
d’axer principalement son travail sur le volontariat et la concertation.
Donc quand tu es animateur ou animatrice de sites Natura 2000, en fait, moi,
mon rôle, ça va être de travailler avec des acteurs locaux,
des acteurs du territoire et tous ceux et celles qui veulent en fait faire
leur activité ou s’investir dans la préservation du site Natura 2000.
Donc on a un comité de pilotage
qui va rassembler des représentants d’acteurs,
et c’est vraiment ce comité de pilotage qui va jouer
un grand rôle dans la concertation, dans ce qu’on met en œuvre.
Et on a aussi un document d’objectifs qui permet de faire le point
sur le patrimoine naturel, le patrimoine social, les aspects socioéconomiques
et puis les enjeux de conservation des objectifs à atteindre
et ce qu’on doit faire pour atteindre ces objectifs, donc des actions concrètes.
Et donc nous, une fois que le document d’objectifs est existant
en tant qu’animatrice, en fait, c’est
d’essayer de faire une synergie avec tous les acteurs locaux
pour qu’on regarde un peu tous dans le même sens et qu’on aille dans
des pratiques, dans des activités qui se font en préservant
le patrimoine naturel et parfois des activités ou des actions
qui vont vraiment avoir un but
directement de restauration, de préservation du patrimoine naturel.
C’est vraiment une question de conciliation
et de regarder dans le même sens simplement.
Florence, tout à l’heure tu parlais de l’élevage extensif,
est ce que tu peux nous donner
une définition de ce qu’est l’élevage extensif justement ?
Alors je peux donner une définition qu’on va retrouver, par exemple
la définition de l’INRAE qui va dire que l’élevage extensif, donc,
ça va être un élevage qui va être économe en intrant.
Donc, c’est tout ce que tu vas rajouter
sur la parcelle : des pesticides, des engrais, etc.
Mais aussi en matériel.
Et à côté, ça va être un élevage qui ne va pas rechercher
une trop forte productivité par animal et par unité de surface.
Donc, après ça, c’est un peu la définition officielle telle qu’on
peut la trouver si on fait une recherche sur Internet par exemple.
Après, je peux donner la définition de ce que c’est pour moi,
par rapport au relationnel que je peux avoir
avec les éleveurs et éleveuses sur le territoire.
En fait, j’ai l’impression que chaque éleveur ou chaque éleveuse a
sa pratique, a son propre système d’élevage en fonction de ses parcelles
et c’est vraiment une adaptation d’élevage au contexte de l’exploitation.
Donc ça va être des élevages où déjà, on va se baser beaucoup sur la ressource
en herbe.
Donc par exemple
tout ce qui est itinéraire de pelouse,
tout ce qui est prairies permanentes notamment.
Et en fait, on va adapter la quantité d’animaux
à ce que peut nourrir la surface dont on dispose.
Donc en fonction des typologies des parcelles, s’il y a des parcelles qui sont
un peu plus riches au sens agricole
du terme, qui vont nourrir un peu plus, des parcelles,
qui vont nourrir un peu moins, ils vont adapter forcément le chargement.
Et puis on va avoir, à côté de ces espaces,
donc ils sont pâturés avec un chargement moindre, des animaux
donc ils vont être dessus assez longtemps pendant l’année, voire parfois
toute l’année suivante les secteurs suivant le type d’élevage.
Et puis on peut avoir à côté des prairies de fauche
qui vont permettre aussi de nourrir les animaux.
Alors ça ce n’est pas le but, mais quand on est sur
des périodes de sécheresse où il manque d’herbe,
ça peut permettre de faire des apports, même si ce n’est pas le but initial.
Mais c’est quelque chose qu’on retrouve de plus en plus quand il y a des étés
qui sont particuliers, des printemps qui sont particulièrement secs.
Et puis aussi nourrir les animaux quand ils sont à l’hiver en stabulation.
Donc une partie de ton travail, c’est
d’accompagner ces éleveurs dans leur pratique, c’est bien ça ?
Alors dans leur pratique, peut-être pas forcément au sens strict,
mais c’est vrai que grâce à Natura 2000, on peut ouvrir ce grand territoire
à la contractualisation, aux mesures agroenvironnementales et climatiques.
Qu’on appelle MAEC ou M-A-E-C, qui sont en fait
des engagements contractuels que les éleveurs peuvent passer.
C’est des engagements qui sont favorables à la biodiversité et donc un éleveur
ou une éleveuse.
Quand il va s’engager en mesures agroenvironnementales, il va s’engager
pendant cinq ans à respecter un cahier des charges qui correspond à des pratiques
qui sont favorables à la biodiversité, qui correspondent
à des pratiques extensives, comme on le disait.
Et en contrepartie, il va toucher une rémunération
et c’est toi qui vas à la rencontre des éleveurs ou c’est eux qui viennent ?
Dans quel sens ça se passe ? Alors ça dépend.
En fait, ici, on est sur un territoire où il y a des secteurs
comme le Val d’Allier qui ont été vraiment précurseurs dans ces engagements
et dans ces engagements contractuels par les éleveurs.
Donc là, les éleveurs,
ils sont vraiment pionniers et connaissent bien ce dispositif.
Et puis ils viennent aussi vers nous.
Et c’est vrai que sur l’ensemble du territoire,
on a quand même pas mal d’éleveurs et d’éleveuses qui sont engagés.
On en a entre 45 et 50, donc on a déjà toutes ces personnes-là
qui, lorsqu’elles arrivent au terme de leur engagement,
souvent sont intéressées pour se réengager suivant leur souhait.
Donc ils peuvent aussi venir vers nous.
Et puis nous, on peut aussi aller vers de nouveaux exploitants.
Donc, par exemple
par le bouche à oreille qui fonctionne plutôt bien,
parce que les exploitants se parlent entre eux
et on a des personnes qui vont nous appeler en nous disant,
j’ai entendu parler du dispositif.
En fait, l’idée c’est vraiment on a un dispositif, donc c’est un outil.
Donc on a déjà un cadre qui est au niveau de l’État, au niveau de chaque région.
Et à partir de ce cadre, on va discuter avec les exploitants du territoire
pour essayer d’adapter certains paramètres des curseurs.
Par exemple, on met le curseur suivant ce qui est le
plus adéquat entre
la préservation du patrimoine naturel et puis leur activité,
qui est, il ne faut pas l’oublier, une activité économique dont ils doivent
tirer leur vie comme nous, on touche notre salaire, eux
doivent toucher leur salaire de leur activité.
Quand ils sont intéressés par le dispositif,
ils vont nous dire « moi,
je suis intéressé potentiellement pour m’engager ».
Et donc à partir de là, nous, on va venir sur les parcelles
et on va faire un diagnostic, on va regarder précisément ce qu’il
y a comme espèces végétales, surtout par exemple, s’il y a une partie
qui est un peu plus humide,
si l’ensemble de la parcelle est plutôt humide, si elle est plus sèche
on voit aussi avec l’agriculteur ou l’agricultrice
quelles sont ses pratiques sur ces parcelles.
Si c’est une parcelle où il a plutôt l’habitude
de faire du pâturage, si c’est
une parcelle où il a plutôt l’habitude de faucher et à partir de là, c’est
une discussion ensemble pour essayer de trouver la mesure agroenvironnementale
qui va le mieux correspondre là encore au patrimoine naturel,
vraiment sur la parcelle et à la pratique de l’agriculteur,
à ce qu’il peut faire et à ce qu’il veut faire sur ces parcelles.
Et qu’est-ce que ça représente en termes d’engagement,
les mesures agroenvironnementales sur le territoire ?
Alors ici, ce qu’il faut bien imaginer, c’est qu’on estime
qu’il y a environ 5 000 hectares qui sont potentiellement éligibles.
Donc, ça correspond aux surfaces approximatives
de pelouses et de prairies à l’échelle des sites Natura 2000.
Donc toutes ne sont pas occupées
par une activité d’élevage.
Néanmoins, ça donne quand même une idée de la surface.
Aujourd’hui, on a environ 2 000 hectares
de ces surfaces qui sont engagées dans des mesures à la parcelle.
Donc ça fait à peu près 37 ou 38 % de ces surfaces-là qui sont engagées,
et on a actuellement entre 45 et 50
éleveurs et éleveuses qui ont souhaité s’engager dans le dispositif.
Et maintenant, Florence, on va aller voir
Monsieur Poupin et Monsieur Thévenin qui vont nous accueillir sur leur site.
C’est parti, on y va et on se retrouve juste après.
Monsieur Poupin, bonjour,
merci de nous accueillir sur votre exploitation.
Est-ce que vous pourriez nous présenter un petit peu ce que vous faites ?
Nous parler un petit peu
plus de votre exploitation et nous parler un petit peu du site aussi ?
Sébastien Poupin, aujourd’hui donc installé
en 2010 sur l’exploitation de 150 hectares 100 % céréales,
que j’ai
fait une reconversion donc en herbe, une grosse partie en herbe, j’ai
gardé à peu près 50 hectares de paille et tout le reste
herbages, dont une grande partie où on est aujourd’hui Natura 2000.
J’ai fait une installation, donc seul au départ : Poupin Sébastien,
et aujourd’hui depuis un an transformé en GAEC avec mon épouse
qui m’a rejoint sur l’exploitation. Avec l’évolution des exploitations a fait qu’il
fallait de la main d’œuvre supplémentaire et donc on est sur une ferme familiale.
Aujourd’hui, on est sur une exploitation d’environ 300 hectares
avec une centaine de vêlages en race limousine comme vous pouvez voir derrière
et 200 brebis allaitantes.
Donc on a un croisement de races Charolais, Texel
Donc, là, c’est
principalement une zone Natura 2000, donc on travaille sur 40 hectares
et là, on est basé sur un troupeau de vaches
qui alternent entre parcelles de pâturage pur en engagement
en MAE et deux parcelles qui sont en pâturage et fauche.
D’accord. Voilà.
Alors oui, vous avez parlé de Natura 2000, de MAEC, c’est ça ?
Mesures agroenvironnementales
et climatiques.
C’est un dispositif dans lequel vous vous inscrivez.
Quelles sont les spécificités de ce dispositif
et qu’est ce que ça vous apporte ?
J’ai fait une installation hors cadre familial.
Je suis arrivé sur une ferme céréalière.
Moi, j’ai été formé par mon grand-père, mes oncles étaient éleveurs.
Donc on est élevé dans l’élevage et je voulais remettre de l’élevage
Le fait de reconvertir de la culture
en MAEC pour introduire des animaux, ça avait un coût tout ça.
Et quand vous vous installez au départ, c’était assez compliqué
et j’avais écouté parler un peu par d’autres exploitants agricoles
que ça existait, des parcelles qu’on pouvait engager avec le Conservatoire en MAEC
Natura 2000.
Donc je m’étais renseigné et là, ça me faisait aussi
le fait de reconvertir et j’avais le droit à une aide de conversion
sur cinq ans, ce qui a permis aussi mon installation.
Ça me donnait une garantie, un petit peu de revenu parce que je partais
de salarié, j’arrivais, j’avais déjà ma maison
et donc c’est un peu comme ça qu’est venue l’idée sans trop savoir ce que c’était.
Donc, après, on est rentré en communication avec le Conservatoire
où là, on m’expliquait exactement comment ça se passait, ce qu’il en était
et on est sur des exploitations où on fait du pâturage
extensif, on n’est pas sur un changement concentré.
J’aime bien ce côté, j’aime bien
les papillons et c’était une continuité de tout ça.
Donc la mise en route m’a permis aussi
d’embellir mon paysage et de faire ce que j’ai envie de faire.
Donc si on revient sur les mesures agroenvironnementales,
est-ce que c’est un dispositif qui est durable dans le temps
ou est-ce que justement ça vous implique de renouveler régulièrement ?
C’est un engagement de cinq années.
Donc, pendant cinq ans, vous vous engagez à maintenir,
du moins respecter un cahier des charges.
Donc, voilà, il y a un cahier des charges au départ, il n’est pas caché, il arrive,
il est là.
Quand on s’engage, on sait à quoi s’attendre.
Vous n’êtes pas obligé, on n’est pas pieds et mains liés.
Vous voulez vous engager ou vous ne voulez pas.
Il y a des personnes aujourd’hui engagées pendant cinq années
et qu’au bout de cinq années, ont dit « non, ce n’est pas pour nous
parce que nous, économiquement, on n’y arrive pas » ou
d’autres contraintes sur chaque exploitation.
Parce que chaque exploitation est différente, donc
ça peut convenir chez moi, pas chez mon voisin et ainsi de suite.
Dans la MAE, il y a quand même plein de panels, ça
soit de la fauche, du pâturage, du mixte,
il y a toute une autre zone pour les pelouses et donc
il y a quand même énormément de choses
et on arrive à un moment ou un autre à trouver sa place.
Mais il faut toujours aussi avoir dans l'idée,
il faut avoir l'envie de le faire.
Il y a un travail derrière à faire, il faut quand même,
c'est des carnets de pâturage, c'est des carnets de fauche et voilà, c'est
c'est tout un ensemble mais qui est sur une durée de cinq ans.
Si vous trouvez pas votre compte, vous arrêtez.
Vous repartez.
Moi je vous dis et ça fait seize ans, c’est le quatrième contrat
pour l’instant je trouve mon compte.
Et là, j’aurais une dernière question à vous poser comment vous envisagez le
futur, l’avenir de votre métier ?
C’est une grande question.
Aujourd’hui, je vis un métier passion,
donc moi, je peux,
je peux juste penser que ça va fonctionner jusqu’au bout.
Après, la réalité, elle est un peu différente. Dans l’avenir,
c’est que c’est
comme tous les métiers aujourd’hui, que ce soit un boulanger, un boucher.
Et bien, c’est que il va falloir trouver les hommes et les femmes
pour continuer cette activité.
Parce que c’est quand même un métier qui est quand même relativement prenant.
Donc la visibilité, elle est quand même compliquée parce que
nous, on reste sur notre objectif, mais l’avenir fait peut être aussi
que ça sera un peu différent,
mais après ça restera toujours le plus beau métier du monde.
Très bien !
Sur ces belles paroles, merci beaucoup de votre accueil ici et de votre temps.
De rien. Je vous souhaite une bonne journée. Merci.
Merci Monsieur Thévenin
de nous accueillir ici sur votre site avec une vue quand même assez splendide.
Pour commencer, est ce que vous pourriez nous parler
un petit peu de votre exploitation ?
Depuis combien de temps, vous faites ça, depuis combien de temps, vous êtes ici ?
Qu’est-ce qui vous a amené peut-être à faire ça ?
Bonjour, Aurélien Thévenin, je suis agriculteur depuis 2021.
J’ai repris l’exploitation de Claude Julien, un voisin agriculteur chez lequel
je travaillais depuis mes quinze ans, donc je connais très bien le coin.
Je me suis installé il y a cinq ans en élevage, donc j’ai des vaches
charolaises allaitantes et aussi des brebis pour la boucherie
sur une surface d’une centaine d’hectares environ.
D’accord.
Et donc là, on est sur des parcelles Natura 2000.
Vous êtes engagés dans le dispositif des MAEC, comment vous êtes arrivé
à cet engagement-là, dans ce dispositif-là ?
Il faut dire qu’à Neuvy-le-Barrois, en fait, on a ça ancré en nous
depuis très longtemps parce que c’est ici, via l’opération locale,
dans les années 90, qu’une association d’agriculteurs a été créée.
Et c’est eux qui ont mis en place les premières mesures
agroenvironnementales.
Donc, pour nous, c’est tout naturel parce que c’est ici
que les premières mesures ont été mises en place
dans ces terres au passage, quoi.
Et aujourd’hui, ça implique quoi pour vous, ces mesures-là ?
Aujourd’hui, nous, ce que ça implique, c’est des dates de fauche à respecter,
des zones dans les parcelles qu’on détermine avec le Conservatoire,
qu’on ne fauche pas, des zones de mise en défens,
des chargements à respecter donc en nombre de bêtes à l’hectare
à respecter et des dates de pâturage sur l’année.
Là, vous parlez de votre travail avec le Conservatoire,
c’est le Conservatoire qui vous accompagne un petit peu dans ce dispositif ?
Mais en fait, le Conservatoire,
il vient faire un état des lieux de nos parcelles
et c'est avec lui qu'on met en place les mesures.
Parce que des mesures,
il y en a beaucoup
c’est le Conservatoire qui nous dit « vous, par rapport à la typologie
de vos parcelles, vous pouvez mettre telles mesures sur votre parcelle. »
C’est lui qui nous indique quelles mesures
on va mettre en place sur nos parcelles et qui nous délivre aussi
le cahier des charges à respecter pour les engagements.
Les mesures sont adaptées
à notre travail, à notre métier, à notre conduite.
Ici, on a un rôle, on a des nids de cigognes.
Ici, c’est un peu un paradis.
D’ailleurs, il y a un film qui a été tourné
qui s’appelait « Paradis en herbe » dans les années
2000, et c’est exactement ça, quoi, vraiment, quand on travaille ici,
on a les cigognes, on a les milans, on a les aigrettes,
on a toute une biodiversité qui est super et qu’on a envie de préserver.
Donc, c’est
dans ce cadre-là qu’on travaille avec le Conservatoire
pour mettre en place les bonnes mesures pour que ça dure.
Et après, c’est grâce à nous si ça dure.
Si on n’exploitait pas les terres ici, ce ne serait que de la friche,
que des ronces.
Donc c’est aussi grâce à nous que le paysage reste tel qu’il est.
Et pour finir, est-ce que vous pourriez nous dire comment vous percevez le futur,
l’avenir de votre métier, comment vous pensez que ça va évoluer ?
L’avenir de mon métier.
Nous, on a de la chance parce que moi quand je me suis installé en
2021,
le prix des bêtes qu’on vend, il a doublé.
Donc, en fait, le contexte a vraiment évolué
parce que moi, je me suis installé avec 25 vaches à véler,
25 vâches avec des veaux.
Aujourd’hui, je suis arrivé à une soixantaine
et j’ai fait ce choix parce que le prix des bêtes a augmenté.
Il y a cinq ans, on se posait des questions, on dit « Bon,
on va mettre quelques vaches parce qu’il en faut pour entretenir les parcelles ».
Aujourd’hui, les vaches permettent de vivre de notre métier.
Donc on espère que ça va durer, que ça va perdurer,
que les cours vont se maintenir.
Ça, avant, c’était de la survie.
Aujourd’hui, on arrive à en vivre donc on espère que ça va durer comme ça.
Mais on a zéro visibilité sur notre production.
On dit « bon bah c’est bien, on vend bien les bêtes », on est content,
on prend ce qu’on a à prendre tout de suite, mais on n’a
pas de visibilité, on ne sait pas pour combien de temps.
Mais après ce que je voulais rappeler quand même, c’est
que nous, on a des engagements de cinq ans sur les mesures agroenvironnementales
avec des compensations économiques.
Donc ça veut dire qu’on touche des aides compensatoires
pour la perte de récoltes
qu’on a à faucher plus tard, à mettre moins de bêtes sur les parcelles.
Et aujourd’hui les aides compensatrices,
elles ne sont plus en adéquation avec les cours actuels des animaux.
Moi ce que je touche comme compensation, là, sur ces parcelles,
aujourd’hui, c’est l’équivalent de trois ou quatre veaux que je vais vendre
en plus.
Donc voilà, l’équilibre, il reste fragile à côté de ça,
même si après nous, le but, c’est toujours de conserver notre endroit
tel qu’il est.
Ça ne sera pas détruit pour autant.
Nous, c’est notre métier quoi.
Il ne faut pas l’oublier avant tout, c’est notre gagne-pain quoi.
C’est ce qui fait notre famille.
Qui paiera les études de nos enfants plus tard.
Donc nous, on
regarde l’économie, c’est ce qui remplit le frigo quoi.
Donc Florence, là,
on est à côté de cette plante
la Marsilée quatre feuilles qui est une espèce protégée.
Tu peux nous en dire un petit peu plus ?
Alors oui, tout à fait.
Donc c’est une espèce protégée.
Donc tu la vois là dans les milieux aquatiques qu’elle affectionne.
Donc c’est
une espèce d’intérêt communautaire, et c’est même la seule espèce végétale
d’intérêt communautaire qu’on a au sein des sites Natura 2000.
C’est une espèce qui, sur notre site Natura
2000, est devenue très rare au fil du temps.
On a, par le passé,
on avait plusieurs stations qui étaient connues,
qui sont référencées dans la bibliographie.
Mais aujourd’hui, c’est la dernière station qui est connue
au sein du site Natura 2000.
Donc là, vraiment, c’est une espèce qui est vraiment liée aux activités agricoles.
Elle dépend vraiment des pratiques agricoles extensives,
puisque c’est une espèce qui va être sensible,
par exemple, à l’apport d’intrants dans les parcelles, donc d’éléments
que tu viens mettre dans tes parcelles pour modifier,
pour par exemple avoir un rendement plus important.
Le fait que cette station perdure au fil du temps, ça montre qu’on
a une pratique extensive depuis longtemps
et qui a permis de maintenir
cette station de Marsilée à quatre feuilles jusqu’à aujourd’hui.
Et puis grâce à Monsieur Thévenin,
de poursuivre le maintien de cette espèce.
Et donc on est de retour pour terminer notre épisode.
Merci Florence de nous avoir accueillies ici au Bec d’Allier et
puis de nous avoir expliqué tous ces détails.
On comprend un petit peu mieux comment fonctionne Natura 2000 et les MAEC.
Je vous dis à très vite, suivez-nous sur les réseaux sociaux.
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