Salut à tous et bienvenue dans « Conversation avec la nature »,
le podcast du Conservatoire d’espaces naturels Centre-Val de Loire.
Cette fois-ci, on quitte le terrain, on est en intérieur, il fait très chaud
au moment où l’on filme cet épisode...
On va se rafraîchir en abordant l’opération « Pasto’Loire », qui est
une opération emblématique du Conservatoire, qui allie pastoralisme
et gestion des milieux naturels sur le bassin de la Loire.
Et pour vous en parler, on accueille Stéphane, qui est responsable de
développement territorial dans le Loiret et qui connaît ce sujet par cœur.
- Salut Stéphane ! - Bonjour.
Merci d’être avec nous. Pour commencer
Stéphane, est-ce que tu peux nous dire ce qu’est l’opération « Pasto’Loire »
et quelle est la genèse de ce projet ?
Alors, l’opération « Pasto’Loire », c’est vraiment, au sens littéraire,
une démarche agroenvironnementale où on va mélanger effectivement
des enjeux
d’environnement et des enjeux agricoles.
En d’autres termes, c’est mettre l’agriculture
au service d’une opération de gestion environnementale.
Si je développe un peu ce concept-là,
les trois ou quatre piliers qu’on souhaite mettre en lumière
pour parler de cette démarche, c’est de dire : on a des sites à très haute
valeur écologique sur les bords de Loire qui sont les milieux ouverts.
La Loire a besoin d’une succession de milieux : des milieux ouverts,
des milieux arbustifs, arborescents, des forêts alluviales...
Mais cette succession de milieux, elle ne peut avoir de sens et de fonction
que si l’on a des milieux ouverts qui démarrent cette dynamique.
Et on a plutôt une Loire, aujourd’hui, qui se ferme.
Donc, pour gérer au mieux ce souhait d’entretien des milieux ouverts
par du pâturage, « Pasto’Loire », c’est mettre des éleveurs
dans le Val de Loire,
créer des systèmes qui sont viables économiquement,
socialement et environnementalement parlant.
Utiliser des races rustiques qui sont adaptées à nos milieux ligériens
et avoir une reconquête
de la biodiversité vraiment liée au milieu ouvert.
Et donc, quand on parle de Val de Loire, en fait, c’est
une opération qui va au-delà du Centre-Val de Loire et du Loiret ?
C’est une opération de bassin c’est ça ?
Oui, effectivement... Le Cen a démarré avec un éleveur
test au début des années 2000.
Et puis après l’idée, ça a été effectivement de dupliquer
ces expériences, d’installer des éleveurs dans le Loiret
et puis ensuite de faire bénéficier au reste des acteurs du bassin de la Loire...
De la Loire moyenne, de les faire bénéficier d’expériences d’une quinzaine d’années
du Conservatoire dans le Loiret. Et donc réinstaurer le mariage
entre l’agriculteur et l’écologue au service de la gestion de milieu.
Ça nous a semblé aussi intéressant.
Et puis surtout d’avoir une démarche de territoire
avec des agriculteurs sans passer par la prestation mécanique
qui de toute façon, financièrement, avec des coûts de 9 ou 10 000 € l’hectare et par an,
n’auraient pas été supportables par le Conservatoire et ses financeurs.
Et donc depuis l’origine du projet, est-ce qu’il y a eu
des évolutions dans les objectifs initialement prévus ?
Oui, alors déjà, il y a les évolutions dans la manière de travailler
puisqu’effectivement, il a fallu déjà
s’apprivoiser mutuellement, comprendre les attentes de l’éleveur et les attentes
des écologues du Conservatoire pour trouver un curseur...
Voilà quand je parle de mariage entre l’écologue
et l’agriculteur, c’est vraiment ça, c’est ce curseur
entre l’éleveur qui lui a besoin d’avoir des animaux qui prennent du poids
et qui ne sont pas phytosociologues et le Conservatoire
qui lui a des objectifs de gestion des milieux.
Il a fallu déjà pour nous revoir
notre façon de travailler et d’avoir des choses moins fines,
je dirais, qui tolèrent plus d’incertitude
puisque les années climatiques changent d’année en année et donc ce qu’on met
au départ change et pour que l’agriculteur se sente aussi en confiance.
Et puis après on a aussi des agriculteurs qui sont arrivés avec plus d’animaux
puisque pour avoir des revenus, il faut 300 à 400 brebis par éleveur.
Donc on a dû aussi travailler sur des pressions de pâturage.
Par contre, nos objectifs sont quand même restés
les mêmes, c’est-à-dire
l’entretien de milieu ouvert avec des systèmes économes et durables.
Mais par contre, on a vraiment dû revoir notre grille de lecture
pour avoir quelque chose qui colle plus au bon sens agricole.
Et je dirais moins regarder nos plans de gestion et nos plans de pâturage.
Et aujourd’hui donc, l’opération « Pasto’Loire », ça regroupe
à peu près combien d’éleveurs ?
Alors c’est une vraie question puisqu’on est dans une région
à moissonneuses-batteuses.
Donc c’est vraiment compliqué de trouver des éleveurs aujourd’hui
qui ont envie de s’installer avec du foncier gratuit sur les bords de Loire.
Aujourd’hui,
alors, ça bouge
puisqu’il y a des éleveurs qui s’installent et d’autres qui changent,
on est au niveau de la Région Centre-Val de Loire, sur une douzaine,
une quinzaine d’éleveurs, environ 22 à 25 espaces
pâturés sur les bords de Loire, en fonction de la météo et des crues.
On a un peu plus de 1 000 hectares de milieux gérés par pâturage,
principalement ovin, mais un peu caprin et bovin.
Et puis on a plus de 2 500 animaux avant reproduction sur les bords de Loire.
Comment, dans le cadre de cette opération, on trouve des éleveurs,
comment on les recrute et on les fait venir ?
C’est une vraie question qui est centrale pour le développement de la démarche.
Je l’ai dit tout à l’heure de manière
un peu triviale, mais on est vraiment dans une région à moissonneuse-batteuse
et c’est vrai que pour trouver des éleveurs, en fait, il faut aller les
chercher.
Donc ça passe par une kyrielle d’outils qu’on essaye de mettre en place.
Effectivement, il faut que les souhaits de pratiques agricoles
collent un petit peu avec les attentes, Pasto’Loire effectivement,
nous on n’est pas sur une démarche bio ou pas bio, loin de là, mais par contre
on a des pratiques extensives, on a des pratiques
sur la prophylaxie, en d’autres termes sur la gestion des parasites
qui ne doivent pas se faire sur les sites du Conservatoire,
on travaille sur le chargement des bêtes c’est-à-dire,
la pression, le nombre d’animaux par hectare.
On travaille aussi sur une durée de pâturage.
Il y a des milieux qui supportent un pâturage tôt en saison
et à d’autres plutôt un pâturage tardif.
Donc ces contraintes-là de l’écologue, il faut que l’agriculteur
en ait conscience et se dise « ok, ça rentre dans mon itinéraire agricole ».
Aujourd’hui tous les éleveurs qui sont dans la démarche « Pasto’Loire »,
sont contents d’avoir du foncier sur les bords de Loire, mais ils sont
surtout convaincus d’apporter,
par leur exercice pastoral et par la mise en œuvre
des troupeaux et de pâturage sur la Loire, sont convaincus d’apporter
une pierre à cette démarche agroenvironnementale
et cette démarche de sauvegarde et de reconquête
des milieux et des espèces patrimoniales sur la Loire.
Donc il faut finalement qu’ils
s’engagent dans cette même optique qu’a le Conservatoire en fait de préservation
de la biodiversité ?
Tout à fait.
C’est une démarche qui est à long terme, on a des éleveurs qui sont là
depuis quinze ans au Conservatoire, d’autres
qui ont arrêté et d’autres qui sont arrivés.
On se contractualise, je dirais, mutuellement pour plusieurs années.
Donc il faut effectivement que sur l’essence même
et sur
l’éthique de nos pratiques, il y ait une philosophie commune.
Mais aujourd’hui, comment se passe cette collaboration avec le Conservatoire ?
Tu en as un petit peu parlé...
Voilà, je reprends toujours
cette métaphore du mariage entre l’agriculteur et l’écologue,
où on est sur deux façons de penser et deux corps de métier
qui ne sont pas forcément habitués à travailler ensemble dans un mariage.
Il faut que chacun fasse des compromis.
Ce n’est pas tout blanc ou tout noir.
Il n’y a, en plus, pas une équation
qui marche d’une année sur l’autre parce que voilà, cette année : sécheresse,
pas d’eau, des années très pluvieuses où l’herbe pousse beaucoup, etc.
Donc il faut que chacun s’apprivoise.
En général, moi ce que j’essaye de proposer, c’est
une année test où je mets zéro contraintes.
L’agriculteur ou l’agricultrice
démarre sur le site sur une première ou deuxième année et prend ses marques.
Et ensuite, on met en place un cahier des charges avec des MAE ou autre chose,
mais on met en place un plan de pâturage, qui là, cadre un peu les pratiques.
Mais les deux premières années en fait, je dis à la personne « viens,
installe-toi » Et puis si les feux sont au vert les deux premières années
et qu’on sent qu’humainement ça va marcher, là, on lance un peu
la démarche de gestion des milieux avec un plan de pâturage
et des pratiques qui collent au plan de gestion qu’on a sur nos sites.
Il y a un plan de pâturage d’une durée de cinq ans
qui correspond en général à la durée des mesures agroenvironnementales
qui est proposée
à l’éleveur pour lui permettre d’avoir une visibilité
à cinq ans, voire dix ans, sur ses parcelles.
Donc c’est aussi intéressant pour sa
déclaration PAC et pour les emprunts qu’il contracte, en termes de matériel
d’avoir un bail entre guillemets de cinq ans, ça rassure aussi ses financeurs.
Lui ou elle, ça lui permet effectivement d’avoir un peu de visibilité.
Donc, effectivement,
on contractualise parce qu’on est sur le domaine public de l’État,
donc les sites appartiennent en grande partie à l’État qui nous délègue
la gestion à titre gratuit, et nous, on sous-délègue gratuitement également
des parcelles non cadastrées.
L’agriculteur, lui, ça lui permet de venir sur du foncier gratuitement,
de ne pas payer les baux agricoles et en plus sur le terrain
qu’il a gratuitement, de mobiliser toute une kyrielle d’aides
qui lui permet financièrement d’avoir des revenus
de pâturage sur des sites sur lesquels il ne paye pas le loyer.
Donc c’est quand même plutôt intéressant.
Et puis donc du conseil, parce qu’en fait, le Conservatoire,
ce qu’il apporte aussi gratuitement, c’est du conseil à la gestion.
On les aide à monter leur MAEC, on les aide à faire le plan de pâturage.
On est là également si il y a des soucis avec le voisinage
ou des questions de pratiques.
Aujourd’hui, la sécheresse, est-ce qu’on décale
du pâturage, parce qu’il fait trop chaud...
Donc il y a aussi tout ce
côté ingénierie et soutien
à la gestion qui est en termes de charge mentale pour les éleveurs,
un gain important puisqu’ils savent qu’il
y a le Conservatoire qui va les aider
à gérer des problématiques avec les instances, qui va appeler l’OFB
s’il y a des soucis, qui va voir avec la DDT
s’il y a des problèmes de PAC et donc ça c’est un gain
aussi en termes de temps qui, selon leurs retours,
est très satisfaisant.
L’Eure-et-Loir ce n’est pas sur la Loire, mais il y a aussi des opérations
type « Pasto’Loire » en Eure-et-Loir ?
Oui, c’est une évolution de la démarche.
En d’autres termes, on a aujourd’hui une agriculture de conservation
qui se met en place sur des systèmes céréaliers
où on a des céréaliers qui décident de faire appel
à des éleveurs de brebis,
ou qui se diversifient avec des brebis pour faire du pâturage de regain.
Donc limiter
le mécanique
à l’automne et au printemps. On s’affranchit du déchaumage
et de l’emblavement mécanique au profit
des brebis qui vont consommer les repousses,
fertiliser les parcelles avec leurs crottes,
qui va également favoriser l’aération
du sol et le travail des champignons et les mycorhizes dans le sol.
Et donc, voilà, ça va améliorer les qualités agronomiques du sol.
Et donc quand on a ces agriculteurs céréaliers
qui font travailler leurs brebis, ils vont les faire travailler
de septembre à mars puisqu’après, il y a des cultures et donc
ils vont se retrouver avec une problématique de logement
des brebis de mars à septembre,
ce qui correspond pile-poil nous à nos besoins sur les bords de Loire
de mars à septembre pour gérer ces milieux ouverts.
Donc, pour répondre à la question, on a aujourd’hui des brebis
qui pâturent effectivement dans la Beauce et on a aussi des brebis qui pâturent
en vallée de la Conie en Eure-et-Loir et qui vont
ensuite faire une migration sur les bords de Loire.
Mais aujourd’hui, voilà, c’est
une évolution de la démarche qu’il faut qu’on intègre
pour avoir plus d’animaux, puisque moi, je pourrais avoir aujourd’hui
beaucoup plus d’animaux sur les bords de Loire, je ne suis pas en saturation.
Donc cette démarche-là,
et en tout cas cette évolution agricole là est intégrée dans nos pistes de réflexion.
« Pasto’Loire », c’est
une grande collaboration entre gestionnaires et éleveurs.
C’est une aventure collective.
Justement, est-ce qu’il y a d’autres
structures partenaires ?
Effectivement, avec les quinze ans de recul que j’ai
sur cette démarche-là, depuis 2010-2011 :
travailler seul, ce n’est pas possible.
En fait, on s’est rendu compte en animant un peu les territoires
et en travaillant à droite à gauche pour trouver les éleveurs
qu’il y a plein de structures gestionnaires de milieux
qui se posent les mêmes questions que nous, qui ont les mêmes attentes,
ou qui ont fait les mêmes erreurs.
Donc il a semblé utile et indispensable
d’essayer de fédérer tout ce monde qui travaille sur les projets de territoires
pour mettre une force collective et partager
nos bonnes expériences et nos mauvaises expériences.
Donc on a avec
le temps qui passe de cette démarche-là.
Effectivement aggloméré un paquet de gestionnaires.
Donc les Conservatoires, j’en parlais, sur la Loire moyenne, de l’Auvergne
jusqu’à Saint-Nazaire, on a les mêmes problématiques
de gestion de milieu, de fermeture de milieu et de renouvellement d’éleveurs.
On est écologue et on n’est pas
conseiller filières courtes.
Donc il a fallu effectivement s’approcher des structures,
ADEAR, Paysans de nature,
des collectivités locales, des com-com qui gèrent des programmes aussi
à la croisée entre agriculture, installation
et environnement pour mettre des gens autour de la table
et les DDT qui sont propriétaires, les Conseils départementaux qui gèrent
des espaces naturels, le Conseil régional
qui est aussi sur la mise en application de la loi EGALIM.
Donc plus de bio et de local dans les cantines.
Donc ça permet de rajouter dans l’équation
le volet débouché et commercialisation des agneaux.
Donc, voilà, c’est mettre ces personnes-là autour de la table
gestionnaires, porteurs de projets et collectivités locales,
les chambres d’agriculture, etc.,
nous permet d’essayer de boucler l’équation, de dire
comment on installe les éleveurs, comment on sécurise
financièrement ces éleveurs, comment on résout les problématiques
de gestion de milieu et aussi comment on résout les problématiques de
commercialisation
locale, des produits, abattages, circuits courts, etc.
Et donc voilà, il faut qu’on dézoom de nos étiquettes d’écologue,
qu’on mette tous ces gens-là autour de la table
pour essayer de proposer une solution à ce problème-là
qui est complexe et pour lequel chacun a une partie de la réponse.
Et les éleveurs eux-mêmes fonctionnent collectivement ?
Il y a une conversation, une discussion entre eux ?
Oui alors effectivement, c’est,
je pense, le secret de la réussite dans les années à venir.
On travaille, le Conservatoire et d’autres partenaires, à essayer de structurer
un collectif, parce que
le collectif va servir d’échange de bonnes pratiques,
va aussi s’auto-alimenter pour travailler sur le gardiennage des animaux
et permettre aux gens aussi d’avoir une vie sociale
en partageant les contraintes
ou en tout cas les problématiques qui sont liées à l’élevage.
Et puis ils vont eux aussi, étant au centre de tout ça,
être force de proposition et donc avoir un collectif d’éleveurs.
Ça permet aussi à moi de laisser le collectif s’exprimer,
d’avoir des bonnes idées, d’être plus fort auprès des collectivités en disant
voilà « c’est pas un éleveur, mais c’est dix, douze, c’est pas 30 hectares,
c’est 2000 et c’est pas 30 brebis, c’est 5 000 ».
Donc voilà le collectif aujourd’hui, on travaille vraiment là-dessus
pour le mettre en lumière, le mettre en avant et qu’il soit un peu
responsable de leur propre aventure.
Et le collectif, tu cherches aussi à le faire grandir ?
Effectivement, de le faire grandir dans leurs idées, leur prospective et le faire
grandir numériquement en
multipliant effectivement les acteurs
et en donnant une légitimité un peu plus forte
parce qu’ils seront plus nombreux et plus diversifiés.
« Pasto’Loire » : pâturage en bord de Loire. Quels sont les principaux
enjeux de gestion sur ces zones-là ?
Alors on le dit souvent
75 % des zones humides ont disparu en France ces 75 dernières années.
C’est un parallèle assez triste.
Aujourd’hui, le maintien de ces milieux-là
va nous permettre plusieurs fonctions
la biodiversité, qui est inféodée à ces milieux ouverts.
Donc qu’on ait un prunellier, de l’aubépine ou un milieu homogène,
on va avoir 20 ou 30 espèces au mètre carré, en orthoptères, botaniques, etc.
Si on réouvre avec un pâturage
bien mené, un impact assez fort sur ces milieux, on va multiplier
par dix, voire par 20 la biodiversité, on va créer plein de niches écologiques.
Les brebis, les vaches ou les chèvres ne vont pas pâturer de la même manière
au même moment donc on va créer plein d’adresses différentes
pour la biodiversité, on va multiplier par cinq, voire dix les sauterelles,
les criquets et les plantes annuelles ou bisannuelles.
Ça, c’est le volet biodiversité.
On a un gain immédiat et flagrant.
Ensuite, on va avoir
un gain sur les zones d’expansion de crue, c’est-à-dire
que les milieux qui sont fermés vont servir de peigne et vont retenir,
les encombres, les embâcles quand on a une crue.
Les zones d’expansion de crue vont permettre à la Loire de s’épancher
un peu plus naturellement et donc on va écrêter un petit peu la hauteur d’eau.
Et puis on va permettre aux embâcles
de se garer sur le côté et pas de continuer dans le lit de la Loire.
Et puis on a une fonction épuratrice le fait que les brebis
ou les autres ruminants entretiennent des milieux ouverts,
ça va permettre à l’eau effectivement d’être filtrée
avant de repartir dans la Loire et donc d’avoir une épuration
partielle
en tout cas des limons, des matières
en suspension, de certaines molécules
qui vont être captées par les plantes et donc d’avoir un relargage
moindre dans la Loire.
Ce n’est pas une opération magique, mais en tout cas l’entretien,
le maintien ou la reconquête des zones humides,
en tout cas, ça permet à ces milieux de fonctionner correctement
et d’apporter à la Loire une partie de solutions fondées sur la nature.
Et si on revient sur les crues et justement
les aléas climatiques, on est en pleine période
de grosses sécheresses et de grosses chaleurs.
Comment on accompagne les éleveurs
dans ces moments qui sont difficiles ?
Ce qu’on peut faire, c’est
être à leur écoute et puis essayer de proposer quand même des boisements
avec de l’ombre pour leur permettre en tout cas d’avoir des animaux
qui ne sont pas en plein cagnard à 45 degrés, voire 50 degrés
voire plus sur le sol.
Pour l’instant, on est là-dessus et je pense qu’il y aura un débriefing
à la fin de la saison pour voir ce qui a manqué, ce qui a marché.
Est-ce que la qualité d’eau de la Loire était aussi bonne ou est-ce qu’on
n’a pas eu des cyanobactéries ?
Est-ce qu’il ne faut pas changer encore une fois nos plans de pâturage ?
Parce que voilà, même si on ne sait pas si l’année prochaine,
on aura encore un phénomène identique ou pire ou mieux...
Donc l’accompagnement ça va surtout être dans l’écoute et les attentes
pour essayer de trouver des mesures correctrices s’il y en a.
Et lors des crues, au contraire, on relocalise les éleveurs.
Oui, lors de crues,
on leur dit bien d’être connectés à Vigiecrues pour voir en amont
les arrivées, les lâchers de barrage ou des arrivées d’eau.
Effectivement, l’idée, c’est de trouver des zones qui sont hors d’eau,
donc là qui ne sont plus forcément sur le terrain du Conservatoire.
On est sur du privé et du communal.
Et de retrouver des zones hors d’eau pour pouvoir mettre le troupeau à l’abri
le temps de la crue.
Même si on a toujours eu dans le passé
des histoires où la crue est arrivée
trop vite et avant la délocalisation des animaux.
Pour finir, Stéphane, est-ce que tu aurais une anecdote
à nous raconter depuis le début de l’opération « Pasto’Loire » ?
Alors les anecdotes, il y a toujours plein.
Mais les grands moments marquants, c’est quand même les brebis dans l’eau.
Alors pour les bonnes raisons, on a eu des brebis qui ont dû au printemps
traverser le rio des Mahyses pour aller sur les îles.
Donc, là, on a une transhumance aquatique qui est maîtrisée.
Et puis on a eu, comme je le disais tout à l’heure, des moments
notamment Bonny, Beaulieu-sur-Loire, où on a eu 600 brebis
bloquées sur une île parce que le lâcher du barrage avait été
fait de manière un peu trop rapide pour nous.
Et donc là, de voir arriver 30 ou 40 pompiers avec des plongeurs
pour faire traverser les brebis,
j’ai trouvé ça bien...
Ça s’est bien terminé pour les brebis, le chien et l’éleveur,
et nous qui étions en waders dans l’eau.
Mais il y avait un décalage entre 30 et 40 pompiers, des jet-ski,
des plongeurs et des brebis qu’il fallait refaire traverser sur la terre ferme.
Ça devait être une sacrée expérience aussi pour les pompiers !
Oui, oui, oui, je pense.
Merci beaucoup Stéphane de nous avoir parlé
de cette belle opération. Pour rappel,
il reste de la place sur la Loire pour ceux qui seraient intéressés.
Dans les prochains épisodes, on ira sur le terrain, on ira voir
quatre éleveurs « Pasto’Loire » dans le Loiret, qui affrontent aujourd’hui
ces températures extrêmes de ce mois de juin 2026.
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